Economie

24 février 2012
 

Quelques éléments sur le pétrole et le carburant

carburant-art

Récemment, je suis tombé sur une vidéo intitulée « l’arnaque du prix de l’essence », qui est disponible juste ci-après, je laisserais de coté les problèmes de géopolitiques évoqués, mais comme cette vidéo est très orientée politiquement et fait beaucoup de démagogie. Je vais donc tacher de vous fournir quelques éléments un peu plus généraux sur le pétrole et les carburants.


Les facteurs expliquant le prix du carburant.

Graphique 1 : SP95 HT vs Estimation HT calculée à partir du prix du pétrole brut

Le prix de l’essence ou du diesel varie en fonction de plusieurs éléments : les taxes sur la consommation de produit pétrolier (type TICPE, anciennement TIPP), le taux de change, les coûts et la marge de la compagnie pétrolière (le coûts du raffinage et de la distribution) et éventuellement du prix des biocarburants ajoutés. Bien évidement, il dépend aussi du prix du pétrole brut qui lui même est sensible à l’augmentation de la demande provenant des pays émergeant, à l’instabilité dans les pays exportateurs, à la rareté ainsi qu’aux difficultés d’accès aux sources.

Il faut bien comprendre que le prix du pétrole brut influence le prix du carburant, mais ne le détermine pas entièrement. Effectivement, si on regarde le graphique joint, qui compare le prix effectif sur le marché et le prix estimé à partir du pétrole brut auquel on a ajouté les coûts et la marge de la compagnie pétrolière, on voit que les le prix du carburant à la pompe n’évolue pas exactement de la même manière que le cours du baril de pétrole brut.

Si c’était effectivement le cas, pendant le pic de 2008, les prix à la pompe auraient dû augmenter de 50 %, or l’augmentation a été beaucoup plus faible entre 10% et 20 %. De manière similaire lors de forte baisse du prix du pétrole brut, le carburant a tendance à baisser, mais dans des proportions plus faible.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène :

  1. Le prix du pétrole brut et des carburants sont fixés sur des marchés différents, ayant chacun une offre et une demande qui leurs sont propres. Par exemple, sur les marchés des carburants les prix ont tendance à augmenter durant les vacances lorsque la demande devient plus importante alors que dans le même temps le prix du brut reste stable.

  2. Les prix sont indexés dans des monnaies différentes : les produits raffinés (essence, gazole) sont en euros, tandis que le pétrole brut est en dollars américains. Ainsi, une baisse du baril de brut peut être contre-balancée par une baisse de l’euro face au dollar.

  3. Enfin, même si le graphique proposé ne fait pas apparaitre les taxes sur la consommation de pétrole. Elles représentent entre 50 et 60 % du prix des carburants (23 % pour le GPLc, voir graphique) et elles peuvent être à l’origine de l’écart des prix entre brut et carburants, car si la TICPE est constante, la TVA ne l’est pas. C’est un pourcentage du prix, ainsi lorsque le prix grimpe, la TVA (en valeur) aussi, ce qui a pour conséquence d’amplifier un peu plus les hausses et les baisses du prix du carburant.


Evolution du prix du baril de brut

Graphique 3 : Analyse de la consommation de brut

En 2008, à l’aube de la « crise des subprime », de nombreuses tensions se font voir sur les différents marchés et notamment, sur le marché des matières premières. Ainsi, le baril de pétrole brut atteint les 144 dollars en Juillet 2008. Comme nous pouvons le voir sur le graphique 3, cela était dû à une forte demande (pic de 2007) et notamment à celle de l’Asie. Effectivement, la demande asiatique ne cesse de s’accroitre depuis les années 2000. D’autre part, entre 2007 et 2008, la stagnation des quotas de production de l’OPEP a elle aussi contribué à la flambée des prix (voir Graphique 4 – OPEC). La sévère crise, que l’on a ensuite connu, a permis de faire chuter le prix du baril de pétrole brut qui en décembre 2008, flirt avec les 40 dollars. Comme, on peut le voir sur les graphiques, la production diminue très largement en 2009, permettant de faire remonter le prix du baril au alentour des 80 dollars.

En 2010, la reprise économique fait s’accroitre la demande en pétrole, poussant le prix à la hausse. De plus, le printemps arabe de 2011, a généré de l’instabilité dans certain pays exportateur de pétrole qui a fait peser un risque sur l’offre. Ainsi, même si un petit exportateur comme la Libye (2 % du marché mondial) se retrouve a ne produire que 50 000 barils par jour au lieu de 1,6 million, cela a un gros impact, car d’une part le marché est global et d’autre part, les risques d’éclosion de mouvement similaire ailleurs a fortement augmenté. Donc, contrairement à ce qui est dit dans la vidéo, la crise libyenne a joué un rôle relativement important dans la hausse du prix du brut.

Et Aujourd’hui, un autre problème géopolitique est apparu avec l’Iran, le deuxième producteur de pétrole de l’OPEP et du Moyen Orient, ce qui fait grimper le prix du pétrole, d’une part car comme on l’a déjà mentionné le marché du pétrole est global et d’autre part car l’Iran contrôle le détroit d’Ormuz, où transite 30 % du commerce mondial de pétrole. C’est surtout ce second point qui affole les marchés.

Analyse des réserves

Le graphique ci-après nous fournit les « reserves-to-production ratio » qui nous donne le nombre d’année de production restante avant que la réserve soit épuisé. Ainsi, les réserves prouvées mondiales sont suffisante pour répondre à 46 ans de production. On peut noter aussi que les récentes découvertes de réserve au Venezuela, a fait bondir le R/P ratio de l’Amérique Latine à 93.9, les faisant passer au premier rang devant le Moyen Orient.

Aparté : le cas de La Réunion

Je profite de cet article, pour rebondir et commenter l’actualité à l’Ile de la Réunion sur le problème des prix des hydrocarbures. Il faut savoir que dans les Département d’Outre-Mer, les prix des carburants sont contraint par arrêté préfectoral. Effectivement, d’une part, du fait de l’étroitesse du marché (environs mille fois moins de volumes qu’en France Métropolitaine) ne permettant pas de bénéficier des rendements d’échelle et d’autre part, de l’éloignement de la métropole et des grands axes maritimes ne permettant pas la mutualisation du transport et des achats, l’Etat a décidé de fixer les prix de manière à gommer une défaillance de marché, liée à une concurrence trop faible. À La Réunion, les prix sont tout de même révisé tous les mois, pour permettre de rester tout de même proche des prix de marché.

Le marché local est organisé autour de 4 importateurs (Total, Tamoil, SRPP et Engen), qui se regroupent pour mutualiser les coûts d’approvisionnement et de fret, d’un opérateur de stockage (SRPP) et de 5 marques de distribution (Total, Engen, Tamoil, Shell et Elf; les deux derniers étant livrés par la SRPP) pour un total de 148 stations services.

Graphique 5 : Décomposition du prix du Gazoil

Le graphique 5 nous donne les différents éléments qui constituent le prix du gazole. On note que le Prix CAF (Coût, assurance et fret) et la fiscalité représente à eux deux, 82 % du prix. Il est difficile de réduire la fiscalité surtout en ces temps, où justement nous devons réduire nos dépenses (ou augmenter nos recettes) et il se pose aussi le problème du financement des biens publics.

Je fais un petit aparté dans l’aparté, pour les non-résidents, il faut savoir qu’il y a eu une vague de protestation contre la dernière hausse du prix des carburants à La Réunion (Fevrier 2012), des grand axes routiers et le port, où sont stockés les carburants ont été bloqués. Manifestation qui a mon sens était complètement ridicule, demander 25 centimes de réduction, alors que l’augmentation a été de 9 centimes pour le super et de 4 centimes pour le gazole, c’est absurde. D’autant plus, qu’il est légitime d’augmenter les prix lorsque les coûts augmentent. Et le tableau suivant, nous indique que cette hausse est plus que légitime, car plusieurs éléments qui s’intègrent dans la chaine des coûts du carburant ont augmentés et on note que finalement, seule une petite partie des augmentations est répercutée.


A noté que cet article a été rédigé avant que les casseurs ne rentrent dans la danse.

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À Propos de l'auteur

Olivier
Je suis originaire de La Réunion. Afin de poursuivre mes études, je suis passé par l'Université de Toulouse I Capitole pendant quatre ans, pendant lesquelles, j'ai pu obtenir ma Licence et mon Master 1 en Economie (spécialité Economie de l'environnement). Puis, j'ai rejoint l'Université de Paris-Dauphine pour obtenir mon Master 2 en économie internationale et développement. Quand le temps me le permet, je parle ici de sujet qui m'intéresse et me passionne. N'hésitez pas à prendre contact.



 
 

 
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